Ma sélection de 9 BD espagnoles (et romans graphiques)
Nous allons toutes bien (Ana Penyas)
Ce roman graphique est profondément touchant et intimiste. L’auteure rend hommage à ses deux grands-mères, Maruja et Herminia à travers une narration oscillant entre passé et présent et présente la vie quotidienne de ces femmes espagnoles ayant grandi sous la dictature franquiste. Le récit met en lumière leur jeunesse marquée par les contraintes sociales et politiques de l’époque, leur mariage arrangé ou traditionnel ainsi que leur rôle central mais effacé dans le foyer familial.
Ana Penyas utilise des souvenirs personnels, des anecdotes banales mais révélatrices, pour brosser le portrait d’une génération entière de femmes réduites au silence ou reléguées au second plan. Les tâches ménagères répétitives, la couture, la cuisine et le soin apporté aux autres deviennent ici des symboles du sacrifice quotidien et du manque de reconnaissance dont ont souffert ces femmes.
La Maison (Paco Roca)
L’un de mes coups de cœur ❤️. Voilà en effet un autre roman graphique poignant et intimiste, centré sur la mémoire familiale, le deuil et la transmission intergénérationnelle. L’histoire s’articule autour de trois frères et sœurs adultes qui se retrouvent dans la maison de vacances familiale après le décès de leur père, afin de décider du sort du lieu et d’en vider les souvenirs accumulés au fil des années. Ils sont confrontés à leurs propres souvenirs d’enfance, à la nostalgie des étés passés dans cette maison, à leurs regrets et à la difficulté d’exprimer leurs émotions face à l’absence paternelle. La maison devient alors un personnage à part entière : elle incarne la mémoire collective, l’ancrage familial et le poids du temps qui passe. Si vous aimez les romans graphiques sensibles et subtils, je vous recommande celui-ci. En outre, les couleurs choisies et le dessin forment une belle cohésion pour mettre en valeur la nostalgie.
La Nueve (Paco Roca)
Paco Roca retrace ici le destin oublié d’une poignée de républicains espagnols, exilés et soldats sans patrie, qui furent parmi les premiers à libérer Paris en août 1944 ! À travers le regard de Miguel Campos, vétéran vieillissant, l’auteur fait revivre la fraternité, les désillusions et la rage de vivre de ces hommes embarqués dans une guerre qui n’était pas tout à fait la leur. Les chars ornés de noms espagnols avancent sous la pluie et la mitraille, porteurs d’un espoir trahi mais tenace. Entre souvenirs douloureux et éclats d’humour, Roca esquisse une fresque humaine où l’Histoire s’incarne dans des visages fatigués mais fiers. La bande dessinée devient alors un hommage à ces oubliés de la mémoire officielle : des héros modestes, animés par le désir farouche de liberté, qui ont gravé leur trace sur les pavés parisiens avant que l’oubli ne retombe sur eux.
Le trésor perdu de la guerre d’Espagne (Philippe Guillaume, Pierre-Emmanuel Dequest)
Si vous aimez les récits d’investigation sur les mystères non résolus du XXe siècle, en particulier ceux liés à la guerre civile espagnole (1936-1939), vous êtes au bon endroit ! L’auteur y explore l’histoire fascinante d’un trésor disparu pendant ce conflit, mêlant recherches archivistiques, témoignages et analyses historiques. Ce trésor, c’est celui des fortunes privées ou institutionnelles disparues dans le chaos du conflit. Il examine notamment les rumeurs persistantes autour d’un « trésor perdu », constitué selon certaines sources d’œuvres d’art, bijoux, lingots ou devises évacués clandestinement pour échapper à la confiscation ou au pillage.
Paracuellos (Carlos Giménez)
Cette série de bandes dessinées autobiographiques réalisée par Carlos Giménez, publiée pour la première fois à la fin des années 1970 et enrichie au fil des décennies. L’auteur met en avant son enfance dans les foyers de l’Auxilio Social sous la dictature franquiste. Son témoignage sur la vie des enfants orphelins ou issus de familles républicaines vaincues après la Guerre civile espagnole est poignant et sans concession. Je vous propose ici le premier tome.
Guernica (Bruno Loth, Corentin Loth)
Cette bande dessinée historique revient sur l’un des événements les plus tragiques de la Guerre Civile espagnole : le bombardement de la ville basque de Guernica le 26 avril 1937. La particularité de la proposition des auteurs est d’entremêle la petite histoire des habitants de la ville avec la grande histoire politique et artistique, notamment la genèse du chef-d’œuvre éponyme de Pablo Picasso.
Dalí - Tome 1 - Avant Gala (Birmant Julie, Clément Oubrerie)
Cet ouvrage retrace la genèse du génie catalan Dalí avant qu’il ne devienne l’icône planétaire du surréalisme. Ce premier volet d’une trilogie biographique en bande dessinée explore les années de formation, les traumatismes d’enfance et les amitiés fondatrices qui ont forgé la psyché complexe de Salvador Dalí. Le tome illustre la transition stylistique de Dalí, passant de l’influence de l’impressionnisme et du cubisme à la découverte de la psychanalyse freudienne. Ses obsessions commencent à envahir ses compositions. L’album s’achève en 1929, juste avant sa rencontre avec Gala, celle qui deviendra sa muse absolue et celle qui l’aidera à garder un pied dans la réalité.
Pablo - Tome 0 - Max Jacob (Birmant Julie)
Nous sommes ici plongés dans le Paris bohème du début du XXe siècle à travers le regard tendre, fantasque et lucide de Max Jacob, poète excentrique et ami intime de Picasso. Ce préquel, prélude à la série qui va jusqu’au tome 4, éclaire la genèse d’une amitié fondatrice pour l’histoire de l’art moderne. Ce tome met en lumière la naissance du cubisme dans une atmosphère électrique où se croisent Apollinaire, Braque ou encore Marie Laurencin. Cependant, au-delà des anecdotes historiques ou artistiques, c’est surtout le portrait émouvant d’un homme qui croyait que l’amitié pouvait sauver du désespoir et protéger des tragédies à venir.
Le Chant des Asturies (Alfonso Zapico, Charlotte Le Guen)
Un autre coup de cœur ❤️. Nous assistons ici à l’éruption de la Révolution asturienne de 1934, vue à travers la communauté minière du nord de l’Espagne. Le protagoniste, Tristán Valdivia, journaliste désillusionné, quitte Madrid en 1933 pour rejoindre son père dans les montagnes où la vie tourne autour des mines. Rapidement, il se retrouve immergé dans la lutte des ouvriers qui, sous la pression d’une exploitation féroce et de conditions de vie déplorables, déclenchent une grève générale qui se transforme en soulèvement armé. Le lecteur ressent la tension d’une société en pleine mutation, où les idéaux de justice sociale se heurtent à la dure réalité du pouvoir et de la répression.









